ÉCOUTEZ-MOI

 illustration-ecoutez-moi

Voici ma première contribution au Projet VS  ( = Violences sexistes ) issu du site Polyvalence. Mon choix a été celui d’appuyer sur les affres de l’inconscient collectif, influencé par certains empirismes linguistiques. Certes, ils ne paraissent pas si importants ni violents que ça mais pourtant….

ÉCOUTEZ-MOI

– Ecoutez-moi mademoiselle, votre vélo, il faut le claver ailleurs que dans l’angle de la rue : ça peut gêner mes clients !
– Avant toute chose pas « Mademoiselle » mais « Madame », s’il vous plait.
– Demandez à votre patron de vous mettre à disposition son garage!
– Qu’a t-il à voir dans l’histoire ?
– Ecoutez moi mademoiselle….
– Non, « Madame » !
– Moi en tout cas mademoiselle, je ne veux plus voir votre vélo ici: les vélos sur les trottoirs, et surtout devant ma vitrine, c’est gênant, je ne supporte plus de le voir ici tous les jours, un point c’est tout !
– Quand je roule en vélo, c’est justement ce que je me dis au sujet des grosses voitures qui sont….partout. Tiens, comme votre 4X4, juste ici.
– Bon écoutez moi mademoiselle, je suis le gérant du salon de coiffure d’en face et vous n’avez pas à…
– NON, « MADAME » ! PAS « MADEMOISELLE » !!! C’est compris ?!
– ………………Il faudra bien trouver une solution car je….
– Bon alors MONSIEUR, vous êtes donc venu ici pour commander une salade, reprenons : avec des oeufs, des lardons, du chorizo et de la vinaigrette maison. C’est bien ça ?
– Oui, mais…
– Voilà, elle est là. 7,90€ s’il vous plait MONSIEUR. Rien d’autre avec ceci ?
– ………
– Bon appétit Monsieur, au revoir monsieur. Bonne journée monsieur.

L’homme repart avec sa salade, en me jetant des piécettes en guise de pourboire, sur le comptoir du salad’bar dont je suis l’employée. La semaine suivante, il me saluera pour la première fois depuis les nombreux mois que nous sommes voisins de taf. J’ai souvent dû le remettre en place mais il a laissé tomber le « mademoiselle ».

Parce que des embrouilles avec des gars, des agressions physiques bien sales, la violence de certains de nos mecs ou de l’entourage proche, on en a parlé, à juste titre. Je peux aussi en parler.

Mais pour la faire courte, je souhaite aussi évoquer ça : la condescendance paternaliste du mot « mademoiselle » – qui n’a pas d’équivalent usuel masculin, rappelons-le.
Une loi a proposé l’abrogation de ce terme, notamment dans les cases des documents administratifs.
Ce texte est adressé à toutes celles et à tous ceux qui songent à cet argument, entendu maintes fois :
« Tu sais, un jour Je/tu/nous/elles regretteront le temps du mademoiselle ».
Et vous, entre la coquetterie patentée et le respect équivoque, vous choisissez quoi ?
Moi, je coche « madame », j’emmerde le boss d’en face et je roule en vélo. Peu m’importe l’âge que j’ai ou que j’en parais.
L’évolution d’une société s’engage aussi par l’empirisme des mots et les conséquences de leur ancrage réel dans l’inconscient collectif, aussi désuet ce « détail linguistique » puisse-t-il paraître pour certains à ce jour.

Carolyne Missdigriz.

 

 

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