BUFFET FROID

buffet froid

 

BUFFET FROID 

– Une salade. Une cuillère de tomates-mozzarella, une cuillère de pâtes grecques et….

– … Des pommes ?!

Il ne répond pas mais elle sait. Par Bancontact; à emporter; vinaigrette-maison et un sac-en-papier-s’il-vous-plait. Parfois, elle a le temps d’éditer deux tickets de carte de crédit en plus de celui de la caisse-enregistreuse, parfois non. C’est la variable la plus inconstante à son rituel quotidien. La carte de fidélité est posée sur le comptoir, graissé par les passages précédents et par la vinaigrette omniprésente. Un tampon aposé dessus, un de plus. Parfois, c’est une étoile orange, un dinosaure vert, un bateau bleu.. Motifs hirsutes issus d’un bidule offert pour l’achat d’un paquet de céréales. Il en est à sept. Au dixième, il pourra choisir un dessert gratuit. Ce sera un cake aux pommes, il le sait déjà. Son visage est de marbre, luisant de son crane dégarni. Costume gris implacable. Gênée par tant de froideur constante, elle lui sourit pour tenter de dissiper sa gène. Faciès austère en retour pour elle et le reste du monde. Tous deux sont des adversaires vains dans l’adversité de ce bref échange journalier de take-away. Il emporte son repas. Un rapide “au revoir” qui dissipe toute possibilité de banalités pesantes. Demain, il reviendra:

– Une salade. Une cuillère de tomates-mozzarella, une cuillère de pâtes grecques et….

– …Des pommes, oui. Sept euros trente s’il vous plait.

– Avec un sac en papier s’il vous pl…

– Oui oui, je sais.

Difficile de savoir lequel des deux est le plus agacé. La vinaigrette maison a été ajoutée sans poser la moindre question. La vieille caisse enregistreuse produit un bruit de papier froissé; le ticket est recraché en oblique. Impossible d’y lire correctement des détails de sa commande mais quelle importance ? Elle évite toute contrariété supplémentaire en veillant à imprimer par deux fois le ticket de sa carte de crédit, un pour lui un pour elle, merci, on est quitte.

-Au revoir

-Au revoir monsieur, et à demain !

Il se demande si elle le prend pour un con et que penser de cette incompatible complicité, tissée à travers ses habitudes de jours ouvrés qui à lui le rassure et à elle l’angoisse. Avant de la ranger méticuleusement dans son portefeuille, il jette un regard distrait sur sa carte de fidélité: huit tampons bigarrés et le dernier, dont l’encre n’a pas encore vraiment séché. Il parvient toutefois à en distinguer les contours: il s’agit d’un smiley rouge.

C.

 

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